Ils nous ont rejoint L'appel dans la presse
L'appel Pour aller plus loin

Ils nous ont rejoints

Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE
Jack Lang, ancien ministre
Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-CFDT,
Luc Bentz, secrétaire national Unsa éducation
Guy Carlier, chroniqueur

Pourquoi ont-ils signé ?

Paul Robert, Principal du collège Lou Redounet à Uzès. Auteur du livre : « La Finlande: un modèle éducatif pour la France ? » Intervenant à la troisième journée du refus de l'échec scolaire et signataire de l’appel.

J'ai dans mon collège décidé avec une équipe de professeurs volontaires d'expérimenter une classe de 6ème sans notes. L'évaluation est faite sur des compétences bien déterminées et identifiées et les élèves savent qu'une compétence non acquise à un moment pourra l'être à un autre moment1. Aux dires des professeurs le climat de la classe est très serein et les élèves qui sont arrivés en 6ème avec des difficultés repérées au primaire n'ont pas baissé les bras, alors que dans les autres classes de 6ème qui ont le même profil, au bout d'un trimestre, certains élèves commencent déjà à se décourager... La plupart des professeurs peuvent également beaucoup mieux cerner les difficultés des élèves et donc mieux cibler les aides qu’ils leur apportent. Mais ils éprouvent encore des difficultés pour hiérarchiser les différentes compétences afin de rendre le niveau de l’élève clairement compréhensible. Sachant que l’évaluation qui a été faite à un moment n’est pas définitive, les élèves sont beaucoup plus en demande durant les heures de soutien, perçues comme une nouvelle chance. Les parents rencontrés sont très contents de l'expérience, et certains disent qu'ils n'ont jamais vu leur enfant aussi peu stressé d'aller à l'école (2). Il y a un petit bémol, les "bons élèves" regrettent les notes qui leur permettaient de se valoriser par rapport aux autres... Pour eux aussi l'expérience sera bénéfique puisqu'ils vont devoir apprendre à se situer par rapport à eux-mêmes et peut-être aussi à coopérer avec les autres...

1 Ceci n’est valable que dans certaines disciplines et souvent pour un petit groupe d’élèves (ceux qui sont en ATP, en aide aux devoirs, ceux qui passent à l’oral pour valider un item…et souvent dans des disciplines au taux horaire plus important).
2 Un questionnaire doit être distribué à l’ensemble des parents pour savoir si cette observation faite lors des rencontres parents profs est généralisable.

Jean-Jacques Hazan : Président de la FCPE
Les parents d'élèves constatent chaque jour les effets dévastateurs que peuvent avoir les notes sur leurs enfants, la démotivation qu’elles induisent notamment chez les élèves « moyens » mais aussi chez ceux qui ont fait beaucoup d'efforts. Ils le constatent, même s'ils n'ont pas toujours les outils pour envisager d'autres moyens d'évaluation. La note met l'accent sur ce que l'élève ne maîtrise pas, sur ce qui lui manque pour atteindre le niveau de l'élève idéal et parfait, égalant son "maitre", ce qu'aucun ne sera jamais. Sur le plan des apprentissages, il est très difficile à l'élève et à sa famille de savoir, sur quel point porte exactement sa note. La mauvaise note ne dit d’ailleurs pas à l'élève ce qu’il devra corriger pour progresser. Et, dans la majorité des cas, les élèves, qu’ils reçoivent de bonnes ou de mauvaises notes ne cherchent pas sur leur copie ce qui les a fait réussir ou échouer, pas plus qu’ils ne regardent l’appréciation, ils cherchent le bon ou mauvais jugement.
La FCPE est demandeuse d’un autre système d’évaluation, qui permette à l’élève de comprendre pourquoi il a réussi ou échoué pour motiver les enfants, pour les encourager à progresser plutôt que les décourager.
Mais pour y parvenir, il ne faut pas perdre de vue le fait que la note est aussi un des seuls moyens de communication envers les parents. Toute nouvelle évaluation doit être présentée et expliquée afin que les familles comme les élèves puissent s'y repérer et ne pas la rejeter. Ceci demandera une formation des enseignants à ce qui est une de leurs compétences fondamentales, l'évaluation. Mais nous en sommes bien loin…
La FCPE estime qu’il est possible d’en finir avec la tyrannie des notes. D'autres méthodes existent, basées sur la confiance dans la capacité à réussir de tous les enfants, sur leur accompagnement, sur une individualisation des parcours, sans note jusqu'à 15 ans parfois, sans redoublement. Ces méthodes, souvent françaises sont pourtant trop ignorées ou dédaignées dans notre pays. En vigueur ailleurs : les enquêtes internationales montrent leur capacité de faire réussir. Supprimer les notes au primaire serait, comme la fin des devoirs et du redoublement, une simple application de ce que tout le monde sait mais ne fait pas.

Eric de Saint Denis, Coordinateur du micro-lycée de Vitry (Val de Marne) et secrétaire de la Fédération des Etablissements Scolaires Publics Innovants (FESPI).

Eric Debarbieux, Observatoire international de la Violence à l’Ecole
« Je signe parce que j'ai tant travaillé comme instituteur spécialisé avec des gosses perdus que le système de notation avait cassés. Pensez : ils passaient de 25 "fautes" par ligne....à 15 fautes en fin d’année, quel progrès!..Pour être encore sanctionné par le même rond terrible d'un zéro. Je signe ensuite parce que tout ce que nous avons appris des pays qui réussissent sur le plan des acquisitions comme sur celui du bien être des élèves (et ce sont les mêmes!) sont dans le refus de la scolastique empesée qui conjugue pédagogie, souffrance et jugement professoral. La justice scolaire doit encourager, et non briser, humilier, rejeter, trier. »

Eric Maurin, économiste
« L'objectif de l'école primaire n'est pas de repérer une élite, mais d'amener le plus grand nombre à savoir lire, compter et s'exprimer correctement. A cet
égard, je pense que la pratique de la notation, et notamment l'avalanche de notes et de classements encore subis dans de nombreuses classes par les enfants, est totalement contre-productive.
Pour les meilleurs élèves, cela cultive dès le plus jeune âge un esprit de compétition, un rapport aux autres et au savoir complètement problématique. Pour les plus faibles, cela contribue à forger très tôt une image de soi comme incapable de réussir et contribue au rejet précoce de l'école, dont on doit ensuite
gérer les conséquences au collège. Des différences de niveaux correspondant à des différences temporaires de maturité entre filles et garçons, ou entre enfants nés en début et en fin d'année, sont intégrées par les enfants comme des différences intrinsèques définitives de capacité, conduisant à une mauvaise estime de soi complètement déplacée pour les plus faibles, en tous cas complètement contre-productive. Avec ce système d'inculcation précoce des hiérarchies, les garçons nés en fin d'année finissent le primaire avec des taux de retard scolaire et d'échec près de deux fois plus élevés que celui des filles nées en début d'année, notamment dans les milieux défavorisés,  ce qui est totalement absurde et source d'énormes difficultés au collège. Il est tout à fait possible de motiver des élèves de primaire et de les faire réussir sans recourir du tout aux notes et aux classements,  j'en ai très souvent fait l'expérience dans les écoles où j'ai eu l'occasion de travailler. »


Daniel Pennac, écrivain
« Je préfère infiniment l’entraide entre les enfants que l’écrasement des nuls par les forts. Si on colle des notes, les gosses entrent dans cette compétition-là qui consiste à avoir les meilleures, et surtout ne pas vouloir partager les moyens du savoir, ni les moyens du faire savoir, avec les autres. En revanche, partout où j’ai vu les enfants s’entraider dans l’effort des apprentissages, les plus habiles aidant les plus inhibés, non seulement j’ai assisté chez les premiers à une joie du partage (partage du savoir, de la confiance en soi) et chez les seconds à des progrès spectaculaires, mais les uns et les autres créaient une atmosphère d’effervescence et de curiosité intellectuelle qui les rendait tous heureux d’aller à l’école. Voilà ma pédagogie préférée : la dynamique des bons élèves doit profiter absolument à ceux qui sont au départ, pour toutes sortes de raisons, inhibés par l’école ».

Pierre Merle, Chercheur à l’IUFM de Bretagne
Ceux qui défendent les notes le font avec les meilleures intentions du monde. Ils pensent qu'elles aident l'élève à se repérer et à se corriger. Ce raisonnement n'est pourtant pas vérifié. Les petits finlandais ne sont pas notés avant neuf ans - ils devraient donc être perdus dans leur apprentissage si les notes sont indispensables pour apprendre - et pourtant, à 15 ans, les petits finlandais, devenus presque adolescents, sont bien meilleurs en sciences et en lettres que les petits français régulièrement notés depuis l'âge de six ans pour certains. Pourquoi les petits finlandais réussissent mieux alors qu'ils ne sont pas notés durant tout le primaire ? C'est tout simplement une erreur de penser que les notes sont indispensables aux apprentissages. Ce sont les conseils et les aides des professeurs - ce que l'on appelle "l'évaluation formative" - qui sont indispensables et qu'il faut impérativement développer. De surcroît, si les bonnes notes sont encourageantes pour le bon élève qui les collectionne, elles sont décourageantes pour l'élève faible qui finit par être convaincu qu'il est nul ou irrémédiablement pas doué. Il est dès lors perdu pour l'école. Au lieu de noter et de classer les élèves du meilleur au plus faible, il est vaut mieux les conseiller et les aider. Et ne pas oublier l'essentiel : Une grande partie de nos connaissances et compétences - faire du vélo, cuisiner, bricoler, nager, conduire une automobile, faire une recherche sur internet...- nous l'avons appris sans jamais être notés ! Indispensables les notes ?

Thierry Cadart, enseignant et secrétaire général du Sgen-CFDT
Je signe cet appel parce qu'il s'agit d'un enjeu éducatif majeur pour l'avenir du pays.
Il n'est pas de bonne pédagogie sans évaluation. Encore faut-il que celle ci réponde à l'objectif recherché. Une école dont la fonction essentielle était de classer et trier les élèves selon qu'ils étaient destiné à des études courtes ou longues pouvait se satisfaire de la notation chiffrée, apparemment objective, parce que donner une note c'est surtout classer l'élève parmi ses condisciples et lui dire à quelle distance de la tête de classe il se situe.
Mais noter, c'est aussi dire à un élève qu'il n'a pas la moyenne, qu'il en est trop éloigné pour l'avoir jamais, c'est l'inciter à renoncer : tu n'apprends pas aussi vite que les autres, à chaque mauvaise note, ton retard s'accentue, tu n'es pas fait pour l'école, à quoi bon ?
Parce que le monde a changé, nous ne pouvons plus et nous ne voulons plus nous permettre ce gâchis humain. L'objectif assigné à l'école d'aujourd'hui est de conduire la totalité d'une classe d'âge à la réussite, réussite matérialisée par la maîtrise du socle commun. Il faut donc une évaluation qui dise à l'élève et à ses parents les progrès qu'il a fait, ceux qu'il doit faire et non s'il est devant ou derrière son voisin, une évaluation qui encourage tous les élèves et surtout les plus faibles. Pour la réussite de tous, objectif exigeant s'il en est, il faut en finir avec le fétichisme de la note !

Pascal BAVOUX, Sociologue, Directeur de Trajectoires groupe Reflex
J’ai proposé au directeur de l’Afev, lors de la journée du refus de l’échec scolaire, la suppression des notes pour le 1er degré car au regard des résultats du baromètre Afev/Trajectoires Reflex, plusieurs chiffres sont inquiétants. Les enfants suivis par les étudiants de l’Afev affirment pour ¼ d’entre eux continuer à travailler sans solliciter d’aide quand ils ne comprennent pas ce que leur demande l’enseignant. Les 2/3 ont le sentiment qu’ils n’arriveront pas à faire ce que leur demande l’enseignant !

L’école apparaît donc comme un espace insécurisant pour ces enfants et leur trajectoire va être fortement, et pour toujours, marquée par cette expérience négative. De fait, pourquoi ne pas revisiter le 1er degré qui ne l’a jamais été alors que l’on est passé de l’obligation scolaire de 12 à 16 ans ? On pourrait en faire un temps bien sûr d’apprentissage, mais aussi de découverte de la différence, de l’apprentissage de l’autonomie, de la créativité, de l’initiative et le placer sous le signe de la coopération plutôt que de la compétition.

 

Pascal Bavoux, Directeur de Trajectoires-Reflex ;
Eric Debarbieux, Chercheur ; François Dubet, Chercheur ; Jacques Donzelot, Chercheur ;
Daniel Pennac, Ecrivain ;
Marcel Rufo, Pédopsychiatre ;
Michel Rocard, Ancien Premier ministre ;
Louis Morin, Directeur de l'Observatoire des inégalités ;
Agnès Florin, Chercheuse ;
Jean-Marie Petitclerc, Directeur du Valdocco ;
Nicole Catheline
, Pédopsychiatre ;
Thomas Sauvadet
, Chercheur ;
Paul Robert, Principal de collège ;
Aziz Jellab, Chercheur ;
Axel Kahn
, Généticien ;
Eric Maurin, Chercheur ;
Pierre Merle, Chercheur ;
Patrice Bride, Secrétaire général de Cahiers Pédagogiques ;
Boris Cyrulnik
, Psychiatre ;
Richard Descoings, Directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris ;

Et plus de 5000 autres signataires !